17/04/2009

Cette colère restera jusqu'à la fin de ma vie

J’étais un cas pas très répandu dans l’école. J’aimais prendre des chemins à rallonge pour le travail. Cela a commencé par l’instit de 3e/4e qui était décidée à faire de moi le mouton noir de la classe. Quand j’avais un 7 par exemple, elle me disait que je n’y arriverais pas comme cela. Elle disait cela à moitié pour me faire travailler, à moitié par méchanceté.

Au cours de gym, tous se moquaient de moi. Je n’ai pas de muscles. En fait je n’en ai qu’un, c’est mon cerveau et je m’entends bien avec lui.

Les élèves l’ont senti et j’étais comme de l’huile dans un grand verre d’eau. Cela ne se mélange pas. Les élèves se moquaient de moi en permanence. Ils essaient de me faire mal en exposant mes faiblesses à tous.

Je crois que ce qui n’allait pas, c’est le fonctionnement de l’école. Je me sentais très seul. Il est vrai que mes cheveux avaient plus que 3 cm, comme si c’était un crime. Je pense que l’école a changé les enfants. Elle avait du mépris envers les autres écoles. Et ses élèves se croyaient au dessus des autres : c’était la compétition. Toujours. Soit tu étais gagnant, soit tu étais perdant.

Je déteste la compétition. Je préfère que l’on se mette tous ensemble pour réaliser quelque chose. La compétition est une drogue. Finalement, je les plains. Ils étaient plein de colère, de mépris, de compétition et de folie des grandeurs.

Les élèves voulaient toujours faire mieux, comme si les autres étaient des échelons sur lesquels il fallait marcher, ou mieux encore qu'il fallait écraser. J’ai une profonde antipathie pour ces enfants qui me faisaient mal, se moquaient de moi parce que j’adore chanter et jouer au théâtre.

Aujourd’hui, dans ma nouvelle école, je suis fort en piscine mais je préférerais me faire éliminer plutôt que de devenir antipathique.

J’ai envie de relations cordiales.

Cela fait deux ans que j’ai quitté l’autre école mais cela revient en flash back quand je rencontre des enfants de péteux dans la rue qui font souffrir leurs parents.

J’essaie de me détacher. La plaie mettra longtemps à cicatriser. J’ai comprimé toutes mes émotions à l’intérieur, de plus en plus et j’ai peur qu’un jour, cela explose. Ma colère ne pourra jamais sortir totalement. Même si j’essaie de me changer les idées par le théâtre ou le chant. J’ai de la chance d’avoir des parents qui, très tôt, m’ont initié à la lecture. En me mettant à la place des personnages, je suis loin.

J’ai dû aller voir un psy, mais je crois que les autres enfants en avaient plus besoin que moi. A l’époque, je parlais de mes angoisses et de mes colères à mes peluches. Je m’étais inventé un chien imaginaire. Je n’ai pas tout dit à mes parents. Quant à la psy, je préférais écouter ce qu’elle disait plutôt que raconter.

Je suis différent parce que je réfléchis par moi-même. Je me fais ma propre opinion. J’aurai de la colère jusqu’à la fin de ma vie. Je me dis aussi « Les pauvres, je les plains ». Ils ont raté une belle amitié.

Depuis deux ans, je suis dans une école solidaire. J’ai fort changé. Je ne suis plus aussi timide et je dis franchement ce que je pense.

Quitter l’autre école a vraiment été comme une libération. 

18:51 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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