30/03/2009

Moi, j'ai cinq maisons

J’ai cinq maisons. Ici, à 1140, c’est celle de ma mère. J’ai 5 frères et huit sœurs. Je suis le plus jeune. Je vais aussi chez 4 de mes sœurs. Quand j’ai envie ou quand elles me demandent de garder les petits. Cela change tout le temps, mais je me sens chez moi dans mes cinq maisons.

 

Le quartier de ma mère est calme sauf quand les trams passent.  Le 33 et le 55. Quand je suis ici, je vais dans le parc là-bas. Chez le point de rencontre des 1030 et des 1140. J’y vais vers 18 heures. On joue au foot ou à la chasse à l’homme. On se divise en deux équipes et une moitié doit se cacher et l’autre doit chercher. Celui qui est découvert se fait mettre par terre. Nous sommes 20 ou 30 dans ma bande. Parfois on va jouer au foot à l’Agora. Mais les grands nous donnent des chots. Ils s’entraînent au foot en chotant les plus jeunes. Ils sont les kings du quartier parce qu’ils sont les plus forts. Nous, on court, on esquive. J’aimerais faire partie des grands parce qu’ils sont les plus forts en bagarre. J’ai envie d’apprendre à les péter. Si on veut se faire respecter ici, il faut péter. C’est un ‘drari’ (gang en marocain).

Lorsque nous allons chercher des chips et des glaçons au Turc, les grands nous chotent pour les prendre. Quand nous sommes plus nombreux, on les tape.

Là-bas dans le building, il y a des fleurs au 6e étage. C’est un type qui a pris de l’héro qui a sauté. Il se prenait pour superman.

 

Dans ma deuxième maison à Haren, je viens jouer au foot avec mes neveux dans un parking  à côté de la maison de l’horreur : une maison avec plein de vitres cassées qui a l’air abandonnée. Ici, il n’y a personne. Que moi et mes trois neveux. Jamais d’autres jeunes. J’y vais en bus, avec le 66. Parfois je joue à la Play en les attendant.

 

Mais c’est surtout dans ma troisième maison à Diegem que je joue à la Play (Foot, Assassins et Metal Gear). J’achète aussi des jeux de combat (Hitman et Grand Theft Auto). Je sais que c’est interdit au moins de 18 ans, mais tout le monde joue. Cela calme l’envie de me bagarrer.

A Diegem, je ne sors pas. Les avions font beaucoup de bruit et on n’arrive pas à se parler. Je viens ici aussi pour jouer avec ma nièce qui a un an. J’aime jouer avec elle. Elle rit et me fait rire. Je me sens bien à ce moment-là.

 

Dans ma quatrième maison au Bois de La Cambre, je vais dans la forêt avec mon neveu. On a vu un film à la télé sur comment il fallait construire une cabane. Vous voulez la voir ? Elle est là. On n’ose pas mettre du plastic pour bien la fermer sinon un clochard viendrait dormir dedans. Je cours dans le bois, je regarde les lapins et les écureuils. Ici non plus, je n’ai pas envie de me bagarrer. Dans cette maison-ci, ma sœur aime organiser des jeux. Elle invite des gens et on joue aux cartes jusqu’à minuit. Mais seulement les week-ends, hein !

 

Ma dernière maison est à Lemonnier près du boulevard à la porte d’Anderlecht. (le boulevard du sac-jacking). Là, ça craint. Je ne veux pas sortir. Les bagarres y sont pour de vrai. On entend tout le temps la police et des gens qui se tapent dessus dans la rue, en sortant du café en face. En été, il y a la foire. J’y vais. J’aime bien.

Dans cette maison, il y plusieurs sœurs et internet.

22:03 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2009

Ma tête est trop pleine

Ma tête est trop pleine de choses. Quand ma tête est trop pleine, je n’arrive plus à travailler. Je pense à trop de trucs. Des soucis avec l’école et le travail. Le stress à la maison.

Tout à coup, je plane…

Je suis en train de faire un exercice en classe et puis, je suis ailleurs, je rêve.

Parfois, j’oublie tout. Quand quelqu’un me dit 340, par exemple, j’ai beau répeter le chiffre dans ma tête « 340,  340, 340, 340, 340…. » Je l’oublie quand même. Alors je dois écrire sur ma main.

 

Quand j’oublie un devoir, je suis stressé. Je suis privé de récréation pendant une semaine. Avec ça, ma tête se remplit. 

 

Pour me concentrer en classe, je fais l’arbre dans le couloir comme Mme Bratman me l’a appris. J’abaisse mes mais jusqu’à mes pieds, je prends de l’air et je remonte les mains au dessus de ma tête comme si c’étaient des branches. Cela m’aide beaucoup.

 

Quand ma tête est trop pleine, je tape dans un mur et je me fais mal.

Et parfois, j’écris un rap.

"OK, moi c'est Amine, je suis la pour poser question,

pour causer,

pour oser

on va t'exploser

Ok tu es là pour tester

Il n'y a pas de test

Va faire le test

Je te déteste

On représdente XL

On roule en extra

On va te lancer des M comme L.I.M.

A rouge

Tu flippes dans le cartoche

C'est que tu n'es pas de là

1050 1080 1030 1070 1090 1020 1040 1140 1210 1120

Respect tous les quartiers"

Après, je me sens mieux.

11:52 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

J'ai trop de colère en moi

Oui, je suis souvent en colère.

Quand je me sens en colère, je réagis mal. Dans ma tête, cela devient tout noir et j’ai envie de me bagarrer.

 

D’abord, je crie pour faire mal avec des mots.

Mais l’autre fait la même chose.

Je crie encore plus fort et des trucs encore plus méchants.

Mais l’autre fait la même chose.

On finit par se taper.

Après je me sens mieux.

Soulagée.

 

Quand on tape à l’école, on a une retenue le vendredi. Là, je me calme.

 

Le lendemain, je recommence. J’ai trop de colère en moi. Je supporte une insulte, mais pas la deuxième. Surtout si c’est « Ta mère…. »

 

Quand j’essaie de me retenir, je m’enferme à l’intérieur de moi et je fais un plan pour me venger.

 

Pourtant, j’aimerais faire la paix.

 

10:47 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

25/03/2009

Du Fanta à Helmet

J’habite cette maison d’Helmet depuis toujours. Aujourd’hui, la place sent les croutillons parce que c’est la foire. Je ne peux pas aller à la foire parce que mes parents ne veulent pas. Ils disent que c’est dangereux. Je pourrais tomber. Et puis, les manèges près de la maison sont trop petits. Quand c’est la foire, je n’aime pas trop mon quartier. Elle fait beaucoup de bruit. La musique rock m’empêche de dormir pendant un mois.

Parfois des gens saouls crient la nuit. Ils me réveillent en sursaut. Je me dis « Qu’est ce qui se passe ? » Il y a aussi des bagarres de jeunes. Ils sont en bandes. L’autre jour, ils se tapaient dessus pour un vélo en disant des vilains mots. Je trouve injuste pour ceux qui se font taper. Les passants ont fait semblant de rien.

J’ai vu ça en regardant par la fenêtre. Je regarde souvent par la fenêtre pour voir mon papa rentrer. Je reste chez moi, parce que je n’ai pas envie de sortir. Je ne sors que pour aller chercher mon Fanta des chips ou le Cinétélérevue et pour aller chez ma tante.

Je bois un litre de Fanta par jour et chez ma tante deux. Je vais au magasin derrière le coin. J’entre, je prends, je paie  et puis je sors vite.

Quand je vais chez ma tante, je marche en regardant devant moi, avec mon GSM dans ma poche au cas où il arriverait quelque chose. Quand on me parle, je ne réponds pas.  J’ai peur que les gens me tapent pour voir si j’ai des sous.

A part les voisins, je ne connais personne dans le quartier. Je leur dis bonjour. Il y a deux copains de classe qui n’habitent pas loin, mais je ne vais pas les voir, je les vois de toute façons à l’école.

C’est vrai que je suis tout le temps avec des adultes, mais cela ne me dérange pas. Je suis en sécurité.

Pendant les vacances, je sors à vélo avec papa et mon frère. On fait des grands tours. Et parfois, on va au Quick.

07:16 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

17/03/2009

J'adore Noêl dans mon quartier

Il y a des jours où je n’aime pas rentrer chez moi. Ce n’est pas rigolo que les élèves de l’école secondaire flamande viennent s’asseoir sur les marches de l’escalier qui mène à la porte d’entrée. Ils s’y cachent pour fumer et jettent des mégots partout. Parfois, ils font pipi sur notre mur. Ils sèchent les cours et risquent de devenir chômeurs. Mes parents ont écrit au directeur, mais rien ne change.

Sinon j’aime bien le quartier aux environs de la Noël. Les gens mettent plein de décorations et des lumières partout et c’est très beau.

Quand j’ai fait mes devoirs, je vais au parc. Je prends de l’avance dans mes devoirs pour passer 2 ou 3 heures dans le parc le plus souvent possible. Je rêve de construire une cabane au milieu des trois arbres là-bas. Je suis déjà montée tout en haut de celui-là. J’aime la nature. Ici, il fait calme et peu de gens viennent s’y promener. On peut s’y amuser en toute liberté. On y entend les oiseaux. Un jour, j’ai trouvé un chat, je lui ai apporté des croquettes. Mais il a failli se faire écraser. J’aimerais devenir vétérinaire. J’adore tous les animaux, même les mygales.

Je me promène aussi dans les rues. Là c’est le magasin de ma copine. Il a été cambriolé. Quelqu’un a fracassé la vitrine et a volé du tabac et des bières. L’église Sainte Suzanne est moche avec tous les échafaudages. Une dame noire est devant aujourd’hui. Elle n’ose pas entrer parce qu’il n’y a personne. « J’ai peur parce que la fois passée, il y avait un fou à l’intérieur, dit-elle.

Dans la rue, là, je vois encore quelques guirlandes rouges et blanches. Ce serait chouette de les laisser tout le temps, mais cela coûte de l’argent.

06:31 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/03/2009

Ben du Mozart aide les SDF

 

Nous étions un peu nerveux à l’idée de rencontrer Ben le patron de l’hôtel Mozart dans la rue des pitas. Ben est Marocain. Il est arrivé en Belgique sans un cent en poche. Il a beaucoup travaillé et il a pu acheter une maison puis une autre pour en faire un hôtel de 54 chambres.

Nous avons visité. C’était beau avec les céramiques marocaines et les tableaux tout dorés.  Chaque chambre a une salle de bains. Sur les murs, Ben avait accroché plein de photos d’Obama. Il croit que Obama va changer les choses dans le monde.

Ben s’est assis au piano et nous a joué de la musique classique. Nous n’avions jamais entendu ça. C’était beau !

Mais Ben trouve que le monde ne va pas bien.

Un soir, il regardait la télé avec son fils. Le journaliste a dit que deux SDF étaient morts de froid. Son fils lui a dit : «Il faut que tu bouges ! » Ben a alors décidé de donner un lit aux gens qui dormaient dans la rue.

Il a accueilli 1065 personnes ! Des personnes de tous les âges et de toutes les nationalités.

Il a sauvé Luc qui travaille maintenant dans son hôtel.

C’est génial ! 

10:10 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |