20/11/2008

Violences de Casa à Josaphat

Je suis arrivé en Belgique à 9 ans. Avant, j’habitais à Casa. Il y avait des bagarres de quartiers contre d’autres quartiers. Certains étaient des terroristes. Ils ont mis des bombes à Casa. Tout le monde avait peur parce qu’il y avait de la violence partout. Je ne pensais pas en arrivant en Belgique qu’il y aurait des vols et des bagarres ici. Mais il y en a. Les skins, ceux qui n’aiment pas les étrangers. J’ai reçu un sms, comme tous les Marocains pour aller à Anderlecht, parce que des skins avaient attaquée une fille marocaine en lui mettant une carte de banque dans la bouche pour lui faire un sourire de l’ange.

Je n’y suis pas allé parce que je n’aime pas la violence. Il faut l’arrêter. J’aimerais parfois rester dans ma chambre et ne plus sortir. Dans la maison où j’habite, il y a 6 familles. La maison est calme. Je regarde la télé, je vais sur l’ordinateur, je regarde les trucs de foot. Ma mère ne veut pas que je sorte tout le temps. Dès que je sors, je reste dehors trop tard. Ma mère a peur que quelqu’un me vole. Mon père habite au Maroc. Je me sens pas bien quand il y a des bagarres, mais quand on me cherche en me traitant de f…de p… je tape. Au dernier match de foot contre Stockel, un garçon m’a cherché. Il m’a insulté, puis il m’a tapé sur la tête avec les crampons. Bientôt ce sera le match retour, à Schaerbeek. Je ne suis pas sûr que je ne lui ferai rien.

Cela fait mal la violence. Je n’aime pas. Un jour, je suis parti à Bockstael avec un copain et deux Noirs ont tapé sur un Belge. Il y avait du sang partout. Une femme a appelé la police. Je n’ai plus pu dormir. Je faisais tout le temps des cauchemars J’ai envie de rester seul et de dormir aussi longtemps que je veux.

A l’école, un gros monsieur, un papa, menace des élèves. Il est malade et  se fâche sur ceux qui se moquent de lui. Souvent je le défends, parce que je n’aime pas qu’on se moque des handicapés. Ce n’est pas bien parce que tout le monde peut devenir handicapé. Il suffit d’un accident. J’ai envie de défendre les gens qui ne savent pas se défendre. Au Maroc, j’ai appris la boxe. Mais je n’aime pas la violence. Il faudrait que tous les enfants fassent des panneaux pour arrêter la violence. Que tous fassent une manifestation pour dire qu’on est contre les bagarres.

22:21 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

14/11/2008

Parler, c'est mieux que se bagarrer

J'ai 11 ans, j'habite un quartier de m... mais je l'aime bien. Quand le 92 passe, toute la maison vibre. Ma chambre est au dessus d’un snack, la musique gueule jusqu’à deux heures du matin. Parfois les gens se bagarrent dans la rue le soir. Souvent des jeunes pour des joints. Le café devant lequel nous venons de passer vend de la drogue. Voici la gare de Schaerbeek, c’est là qu’un homme s’est fait tuer à coups de barre de fer. C’était il y a longtemps, mais les gens en parlent encore. Ma mère est inquiète quand je sors. Dès que je peux, je me promène.

Là dans la voiture, ce sont des policiers ? Non, ce sont des bonhommes mauves. Je vais jouer au parc des pigeons pour libérer les choses que j’ai dans le cœur. Mais quand il fait noir, il faut rentrer parce que les jeunes menacent les gens avec des poignards pour prendre leur argent ou leur GSM. Un jour, j’étais en haut de la toile d’araignée et des enfants jouaient en dessous et j’ai vu un jeune avec un flingue. Il était assis sur le banc où nous sommes et j’ai vu qu’il essayait de sortir le flingue de sa poche. Beaucoup de gens qui tuent, qui fument des joints et qui boivent viennent ici. Quand il y a un match de foot et que les Turcs ou les Marocains ont  perdu, ils viennent se défouler sur les jeunes. Une fois, ils ont insulté un Noir en disant qu’il ne savait pas parler. Je trouve que ce n’est pas bien d’être raciste, on est tous des gens. Ils étaient fâchés parce qu’ils avaient perdu et le Noir a tout pris.

Je n’aime pas la violence. J’aimerais que les gens arrêtent de se bagarrer. Parler c’est mieux.

Dans mon immeuble, deux personnes sont en prison. Mon oncle tue des gens avec un flingue et un couteau. J’ai peur parce j’ai cru qu’il allait me tuer aussi. Il peut sortir de prison le week-end et il a un truc à sa jambe pour le surveiller.

Mon frère se bagarre avec ses profs. L’autre jour, il est rentré avec une coupure au cou, le prof l’avait griffé. Ce n’est pas gentil de se bagarrer avec les profs Quand cela se passe mal à l’école, il me casse la tête et me traite de sale pute. Ou quand sa meuf l’a plaqué. Il a aussi assommé mon père. Alors j’ai besoin de sortir.

Ici, c’est la Cage aux ours. J’aime y venir. C’est beau, les bancs sont chouettes et on voit la maison communale. Quand j’avais 9 ans, j’ai vu une bagarre avec des flingues. Un type s’est suicidé aussi. Ils se sont insultés et le garçon n’a pas pu garder sa violence. Il a sorti un flingue et a tiré. Quand les flics sont arrivés, ils ont cavalé. Ils en ont arrêté un. L’autre s’est enfui en moto. J’ai un livre secret et j’écris ce que je ressens dedans. Quand je me sens en colère parce que je n’aime pas qu’on tape. Cela me fait pleurer quand les autres ont mal. Je sens ça depuis que parrain s’est fait taper à la caravane.

 J’avais 5 ans. Une femme s’est incrustée, elle a bousculé parrain qui est tombé. Il est mort à l’hôpital en tenant mon doigt comme cela, je n’arrivais plus à le sortir. La femme a fait ça pour voler son argent et les clés de son mobil home. On ne l’a jamais retrouvée mais je garde son image dans ma tête. Le fils de mon parrain a volé tout mon argent de mon compte d’épargne.

J’écris dans mon livre secret quand je suis en colère ou je vais jouer dehors ou je vais danser de la danse country avec mon grand-père.

Et parfois je me dis que j’aimerais bien redevenir petite pour ne plus voir tous les problèmes. 

17:58 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

11/11/2008

Quartier Helmet

Il y a quelques nuits, j'ai vu des voyous et je n’en ai pas dormi. Il y avait trois hommes dans la rue. L'un d'entre eux était armé et a dit à un garçon d'entrer dans le coffre de sa voiture. Le garçon lui devait de l'argent et il allait le tuer. Le troisième, 62 ans, a voulu protéger le garçon en disant :

« Si tu le tues, c'est comme si tu me tuais moi. »

L'homme armé a répondu :

 «Alors ton sang est pourri ! »

Mais finalement, l'homme armé est parti parce qu'il a eu peur du vieux monsieur. Cela s'est passé dans ma rue. Je trouve que c'est trop violent de vouloir tuer quelqu'un pour de l'argent.

Ce n'était pas de la télé, c'était pour du vrai, mais le film repasse dans ma tête.  

17:55 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : violence journalisme |  Facebook |

Ma rue à 1050

Je vis ici depuis 2 ans, dans une rue où il y a plein de maisons de toutes les couleurs. Les voitures passent vite et le jour des poubelles, il y a beaucoup de crasses. Au bout de ma rue se trouve la place des Marocains avec des arbres et des bancs. Une femme écrase du pain avec un marteau pour les pigeons. Deux vieilles dames regardent une petite fille jouer. Un groupe d'hommes boit des bières. Ils sont habillés comme pour le travail et on dirait qu'ils font une pause.

« Ce sont des Polonais, dit Abdel, 9 ans. Il n'y a qu'eux qui boivent sur la place des Marocains. »

Je n'aime pas les gens qui boivent car quand on boit, on finit par frapper les gens. Je ne boirai jamais à cause de cela.

J'aime cette place. Quand je suis fatigué, je viens m'y reposer. La statue de Wiertz, elle est belle.

Chez moi, il y a les 1050 et les drogués et ceux qui boivent trop. Un jour, un Pakistanais m'a poursuivi avec un couteau parce qu'il avait trop bu.

Sur la place des Africains, à partir de 20 heures, les drogués se bagarrent à coups de poings. Ils disent que c'est un jeu. Je vois quand quelqu'un est drogué parce qu'il est bizarre avec sa tête et qu'il marche d'une drôle de façon.

Une nuit, il y a eu une bagarre dans la rue et le lendemain quand  je suis allé chez le boulanger, il y avait du sang partout et du verre cassé sur la rue.

Là-bas, un peu plus loin, un drogué m'a dit « Sale bougnoule ! », ma mère allait réagir et j'ai eu peur qu'il ne frappe ma mère. Un peu plus loin dans le piétonnier, une dame un peu folle avec la tête rasée donne des claques aux gens. Juste devant, il y a la statue de Freddy Tsimba, faite avec des douilles de fusil.

Elle veut dire : « Arrêtez de faire des bagarres ».

 

17:52 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1050 violence journalisme |  Facebook |

02/11/2008

Chers parents

En fait, je n'ai pas envie de dire chers parents parce que je suis en colère. Je n'ai pas dormi cette nuit.

Je voudrais être n'importe où plutôt qu'à la maison parce que j'aimerais que vous m'écoutiez. Papa, maman, je suis désolée mais j'en ai marre d'être votre boniche parce que je dois tout faire à la maison. Papa, je suis fâchée contre toi parce que tu tapes ma maman. Quand vous vous disputez, tout retombe sur moi et je ne le supporte plus. Je préfère encore fuguer que de rester avec vous !

Je me sens en colère et triste. Vous ne me laissez jamais m'expliquer.

Je pense que je préfère aller loin de vous parce que vous me gonflez et quand je veux sortir, cette folle de grand-mère dit n'importe quoi. Que je vais aller avec des garçons.

J'ai envie de m'en aller pour toujours et de ne plus vous revoir et quand je me serais calmée, je reviendrais parce que je vous aime, vous êtes mes parents. Mais je suis désolée, je veux m'en aller.

Ce que vous ne savez pas, c'est que j'ai beaucoup de choses à vous dire mais vous ne pouvez pas comprendre et surtout, vous ne voulez pas les comprendre. Vous êtes trop injustes avec moi. Mais bientôt ce sera fini, alors au revoir et à une nouvelle vie.

J'ai envie de vous dire que j'ai envie d'aller n'importe où mais loin de vous. Et les autres vont dire que je suis folle. Mais non, je ne suis pas folle, j'aime mes parents, mais pas comme ils sont. Tout le monde est différent.

Pour me sentir mieux, j'ai besoin de partir loin loin de vous. Si vous comprenez cela, vous pouvez comprendre les autres choses pour moi et mon bien-être. Mais si vous n'avez pas compris, alors je serais vraiment déçue parce que vous n'arrivez pas à comprendre votre propre fille.

 

14:54 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les 1030 dans mon quartier

Quand je suis dans la rue, je joue avec mes amis. Au foot, je roule à vélo, je passe chez une copine. Mais quand on m’insulte de « sale pute », je me défends.

Les 1030 ont entre 13 et 15 ans, le groupe des plus petits. Les garçons jouent au foot, traînent dans la rue. Souvent. Je les rejoins quand j'ai l'occasion, quand j'arrive à sortir. Un de ceux qui font partie de mon groupe a fracassé une moto et nous devons tous payer parce que la police est venue.

Je suis en colère parce que je n'ai rien à voir et ils m'ont mis dedans. J'ai envie de sortir de la bande car si on fait des bêtises, il faut qu'on assume. Mes parents m'ont dit que j'étais folle de faire cela. Mon cousin n'a pas voulu dénoncer, alors tout est retombé sur nous.

Les 1030, ça va de 1 jusqu'à 100. Ceux qui sont en haut de la pente font des meurtres. Nous, on est tout en bas, au niveau 1, c'est-à-dire abîmer quelque chose. Ensuite, c'est fracasser, se tabasser au parc, voler des sacs. Puis, on parle comme des voyous et on a des objets comme des couteaux ou des fusils, après, il y a les cambriolages, la drogue, les viols et les meurtres. A ce niveau là, les 1140 et les autres viennent chez nous pour faire les gros coups. Ils s'entendent.

Il y a deux ans, un tram a écrasé un enfant à l’avenue Rogier. Les 1030 ont été se venger en fracassant la maison du conducteur. J'ai l'impression que les 1030, on est des millions.

Mais je vois que les plus jeunes ont envie d'aller plus haut et j'aimerais que les plus grands donnent un autre exemple aux plus petits. Les 45e avec leur meurtre avec préméditation.

Il y a des bandes gentilles qui veulent jouer au foot tout simplement.

Quand on joue dans la rue, il est impossible d'éviter les 1030.

 

14:52 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1030, bandes, journalisme |  Facebook |

Le quartier de Germinal

J’habite au 38. Ma rue est calme. On entend les oiseaux. Il y a des arbres. On y voit la vie en vert. Je m’y sens comme au paradis. Je joue au foot avec Michaël, Stefano, Julien, Gregory, Walhid, Soulimane et le Pakustais, on l’appelle comme cela parce qu’il a la couleur mais il ne vient pas du Pakistan. Dans chaque bloc de la cité sociale, j’ai un copain.

 

C’est un peu la ville des chats. Il y en a partout. Ici vit Bouba, un chat égyptien qui est tout mince avec de drôles de yeux. J’adore les chats.

 

Là, dans les blocs en béton bleu avec des portes blanches, les petits vieux nourrissent les chats. Là dans les buissons, il y a 7 petits, vous voyez, ils y ont mis le bac avec de l’eau et celui-là pour la nourriture. Dans ce coin-là du quartier, les voyous viennent faire des graffitis et rouler en booster pour embêter les personnes âgées.

 

Elles sont là en train de jouer aux cartes, broder ou regarder la nature en bronzant.

« J’habite ici depuis 48 ans, je m’y sens bien, dit Liliane qui parle avec Simone sur la terrasse. Leurs motos, je ne comprends pas, ils montent avec et descendent au lieu de faire de belles balades. Le bruit est sciant, surtout le soir. Je dois me reposer parce que je suis malade. Ils sont embêtants mais ce ne sont pas des voyous. »

 

On entend un haut parleur. C’est les flics, pardon, la police. Nous allons voir. Une voiture de police est arrêtée. Trois policiers sont là dont une femme avec un gilet pare-balles. Il doit avoir dépassé la limite de vitesse. Un policier parle au micro dans la voiture et demande le numéro de châssis. Il dit que le véhicule n’est pas assuré. La femme policier veut fouiller le sac. Le type, un 1140, dit qu’il y a des affaires privées dans le sac et s’enfuit. La dame court derrière. Les deux autres policiers crient au deuxième type : « Toi à terre ! » Le type crie : « Je n’ai rien fait de mal ». Un des policiers met son genou dans son dos et lui met les menottes aux poings. Le type continue à crier. Les deux policiers le relèvent et le jettent dans la voiture de police. Des personnes âgées sont sur le balcon de leur maison en bloc de béton bleu et blanc. Elles regardent. Des policiers arrivent de partout.

 

A mon avis, il y avait une arme et de la drogue dans le sac. Et ce n’est pas juste parce que l’autre, celui qu’ils ont mis par terre, n’a rien fait. Et il va prendre parce que celui qui avait le sac s’est enfui.

 

Ce sont des 1140. J’ai leur photo dans mon GSM pour montrer à ceux qui m’embêtent. Ils m’ont dit que si j’avais besoin… Mais si j’ai besoin de quelqu’un, j’appelle la police ou je le fais moi-même. Il y a deux parties dans la mafia 1140 : la mafia Kafan, ce sont les Blancs. Voilà leur graffiti. Et la mafia Bandaweda, ce sont les Blacks. Parfois ils travaillent ensemble. Ils sont 30 dans le petit groupe et 70 dans le grand groupe. Ils ont entre 16 et 40 ans. J’en connais. Je sais qu’ils vendent du shit à 10 euros le petit bout comme ça. Mais eux, ils n’ont pas envie que je devienne comme eux. Ils me disent : « Si on te prend à fumer, on te tue ! ». Moi je leur ai demandé s’ils avaient envie de vivre ou de mourir en prenant de la drogue quand l’un d’entre eux m’a demandé de l’argent pour cela.

 

Un scooter de la police tourne dans le quartier. Une, deux, trois voitures de police sont là maintenant. Mais le type. Il n’est pas ici. Ici c’est l’enfer.

Il se cache dans la nature. Un coin que j’aime beaucoup. Des perroquets verts volent, on a l’impression d’être dans un film. Dans ce coin, il y a aussi ‘Femse’ avec son fusil à pompe depuis que des voyous lui ont coupé les oreilles et la langue. Je l’ai vu, quand il a enlevé son casque de moto, elles sont toutes bizarres et il parle avec un cheveu sur la langue. Il vit là, derrière les carcasses de voiture, le vieux wagon de chemin de fer et le tas de pneus. Un gros chien noir et blanc aboie. On entre. On parle avec Fons et Herman. Ils rigolent. « Non, on n’a pas de fusil. Mais Fons s’est fait attaquer par des voyous, il y a quatre ans. Ils ne lui ont pas coupé la langue et les oreilles, mais dans le cou, la marque est encore là. S’il ne s’était pas caché sous une carcasse de voiture, il serait mort… pour une vieille télé. Parce qu’il n’y avait pas d’argent. »

 

Le terrain se trouve juste à côté de l’agoraspace où je joue au basket avec mes autres copains, je vais y aller tantôt.

 

Le scooter de la police arrête un bus 63. Le type n’est pas dedans. Cinq motards de la police passent. C’est pas tous les jours comme ça hein, Madame !   

14:47 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bandes, quartiers, journalisme |  Facebook |