02/11/2008

Visite en prison

Dans le parc, un homme tout en noir s’avance vers nous. Il porte un T-shirt « Prison Break » et des lunettes de soleil sombres. On ne voit pas ses yeux. De loin, il paraissait jeune avec ses cheveux blonds, de près, beaucoup plus vieux. C’est Jean-Marc Mahy, nous avons rendez-vous avec lui.

 

Jean-Marc est triste. Il a vécu plein de choses mauvaises. Il a été en prison pendant 19 ans dont 3 ans tout seul au cachot. Jean-Marc nous fait visiter la prison de Tongres, une prison musée qui deviendra une prison pour jeunes en septembre. Il sonne à la grande porte grise en acier. Sur la porte, un dessin de 4 petites lignes barrées par une cinquième : cela représente le compte des jours en prison. Les jours sont très longs en prison, ils se ressemblent tous.

 

Nous allons dans une petite cellule où se trouve un lit superposé, un matelas par terre, une table, une armoire et derrière une planche, le seau de toilette. La cellule est tellement petite qu’il est impossible de s’y mettre debout à trois. Je me dis que ce ne sont vraiment pas les vacances en prison. Jean-Marc raconte : « Mes parents ont divorcé quand j’avais 8 ans. Ma sœur et moi, on est restés avec ma mère, mes deux grands frères sont allés chez mon père. Ma mère a rencontré mon beau-père. La première fois qu’il m’a vu, il m’a frappé. »

 

Jean-Marc a voulu se suicider à 8 ans. Il faisait ce qu’il voulait mais n’avait pas l’amour de ses parents. Il a fait des fugues. Il est parti à la rue et a commencé à faire des bêtises dans une bande. La bande a décidé que c’était lui qui allait chercher les autres bandes pour provoquer des bagarres. C’était son rôle. Jean-Marc a encore essayé de se tuer à 16 ans. Il sentait qu’il faisait trop de bêtises et est allé de lui-même voir le juge de la jeunesse. Mais le juge a montré son bureau et a dit : « J’ai un tas de dossiers de mineurs,  tu vois. Il faut que tu fasses quelque chose de plus grave pour arriver chez moi. » Le juge ne l’a pas aidé.

 

Un peu après, il a fait un braquage. On le met en IPPJ. Là, des éducateurs s’occupent de lui. Mais le juge décide de le mettre en prison avec des adultes. Jean-Marc s’évade avec un copain et un monsieur de l’âge de son père. Ils sont dans un café quand des gendarmes rentrent. Le vieux lui demande de prendre l’arme des gendarmes. Et sans le faire exprès, il a tué le gendarme. Jean-Marc n’avait jamais touché un flingue avant et il y a une chance sur 1 million pour que cela se passe comme cela. Le gendarme avait une fille de 4 ans.

 

« Quand on fait du mal à une personne, on touche aussi l’entourage. On en fait à soi-même et à toute sa famille », dit-il. Son frère qui n’avait rien fait a perdu son travail deux fois. Sa petite sœur ne pouvait plus aller à l’école parce qu’on la traitait de sœur de meurtrier. Sa mère n’osait plus sortir de chez elle. Quand il racontait cela, je sentais qu’il était très triste. Je me sentais mal, j’ai pensé qu’il faudrait arrêter de faire des bêtises, arrêter de toucher à la drogue, ne pas jouer avec cela.

 

Jean-Marc a expliqué que dans une bande, c’est toujours le plus fort qui donne les ordres. On n’y fait pas ce qu’on veut. Les grands manipulent les plus petits. On manipule aussi par SMS. Après il y a des émeutes. Le petit Karim, 11 ans, qui a été tué à Simonis n’existe pas et pourtant, il y a eu des bagarres. J’y suis allé. On était 30 avec des battes de baseball, des couteaux, des coups de poing américains. Il y en avait un qui avait apporté un flingue, un 9 mm. Cela n’a servi à rien. On était en tort.

Jean-Marc appelle ces bandes des bandes Négatives qui se réunissent pour se battre, voler, casser, braquer. Dans ces bandes, on ne fait pas ce qu’on veut. Quand un jeune dit ‘Non’, on le traite de mauviette, on l’insulte.

 

Jean-Marc a expliqué qu’il existe aussi des bandes Positives où les jeunes se réunissent pour jouer au foot et pour s’amuser. Dans une bande comme cela, quand un jeune dit ‘Non’, les autres restent amis avec lui.

 

Jean-Marc a fait cette visite pour dire que cela ne sert à rien de faire des bêtises, pour dire qu’il est important que les jeunes réfléchissent à leur avenir. Sinon, ils n’ont pas d’avenir, à part aller en taule. Sur les 20 jeunes qui étaient avec lui à l’IPPJ, 14 sont morts, 3 retournent tout le temps en prison. Ils ne sont que 3 à s’en être sortis.

 

Jean-Marc a fait ça parce qu’à 12 ans, personne ne l’a écouté, personne ne lui donnait des conseils.

 

Moi, cette visite me fait réfléchir.  

14:17 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : journalisme, prison |  Facebook |

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