02/11/2008

Le quartier de Germinal

J’habite au 38. Ma rue est calme. On entend les oiseaux. Il y a des arbres. On y voit la vie en vert. Je m’y sens comme au paradis. Je joue au foot avec Michaël, Stefano, Julien, Gregory, Walhid, Soulimane et le Pakustais, on l’appelle comme cela parce qu’il a la couleur mais il ne vient pas du Pakistan. Dans chaque bloc de la cité sociale, j’ai un copain.

 

C’est un peu la ville des chats. Il y en a partout. Ici vit Bouba, un chat égyptien qui est tout mince avec de drôles de yeux. J’adore les chats.

 

Là, dans les blocs en béton bleu avec des portes blanches, les petits vieux nourrissent les chats. Là dans les buissons, il y a 7 petits, vous voyez, ils y ont mis le bac avec de l’eau et celui-là pour la nourriture. Dans ce coin-là du quartier, les voyous viennent faire des graffitis et rouler en booster pour embêter les personnes âgées.

 

Elles sont là en train de jouer aux cartes, broder ou regarder la nature en bronzant.

« J’habite ici depuis 48 ans, je m’y sens bien, dit Liliane qui parle avec Simone sur la terrasse. Leurs motos, je ne comprends pas, ils montent avec et descendent au lieu de faire de belles balades. Le bruit est sciant, surtout le soir. Je dois me reposer parce que je suis malade. Ils sont embêtants mais ce ne sont pas des voyous. »

 

On entend un haut parleur. C’est les flics, pardon, la police. Nous allons voir. Une voiture de police est arrêtée. Trois policiers sont là dont une femme avec un gilet pare-balles. Il doit avoir dépassé la limite de vitesse. Un policier parle au micro dans la voiture et demande le numéro de châssis. Il dit que le véhicule n’est pas assuré. La femme policier veut fouiller le sac. Le type, un 1140, dit qu’il y a des affaires privées dans le sac et s’enfuit. La dame court derrière. Les deux autres policiers crient au deuxième type : « Toi à terre ! » Le type crie : « Je n’ai rien fait de mal ». Un des policiers met son genou dans son dos et lui met les menottes aux poings. Le type continue à crier. Les deux policiers le relèvent et le jettent dans la voiture de police. Des personnes âgées sont sur le balcon de leur maison en bloc de béton bleu et blanc. Elles regardent. Des policiers arrivent de partout.

 

A mon avis, il y avait une arme et de la drogue dans le sac. Et ce n’est pas juste parce que l’autre, celui qu’ils ont mis par terre, n’a rien fait. Et il va prendre parce que celui qui avait le sac s’est enfui.

 

Ce sont des 1140. J’ai leur photo dans mon GSM pour montrer à ceux qui m’embêtent. Ils m’ont dit que si j’avais besoin… Mais si j’ai besoin de quelqu’un, j’appelle la police ou je le fais moi-même. Il y a deux parties dans la mafia 1140 : la mafia Kafan, ce sont les Blancs. Voilà leur graffiti. Et la mafia Bandaweda, ce sont les Blacks. Parfois ils travaillent ensemble. Ils sont 30 dans le petit groupe et 70 dans le grand groupe. Ils ont entre 16 et 40 ans. J’en connais. Je sais qu’ils vendent du shit à 10 euros le petit bout comme ça. Mais eux, ils n’ont pas envie que je devienne comme eux. Ils me disent : « Si on te prend à fumer, on te tue ! ». Moi je leur ai demandé s’ils avaient envie de vivre ou de mourir en prenant de la drogue quand l’un d’entre eux m’a demandé de l’argent pour cela.

 

Un scooter de la police tourne dans le quartier. Une, deux, trois voitures de police sont là maintenant. Mais le type. Il n’est pas ici. Ici c’est l’enfer.

Il se cache dans la nature. Un coin que j’aime beaucoup. Des perroquets verts volent, on a l’impression d’être dans un film. Dans ce coin, il y a aussi ‘Femse’ avec son fusil à pompe depuis que des voyous lui ont coupé les oreilles et la langue. Je l’ai vu, quand il a enlevé son casque de moto, elles sont toutes bizarres et il parle avec un cheveu sur la langue. Il vit là, derrière les carcasses de voiture, le vieux wagon de chemin de fer et le tas de pneus. Un gros chien noir et blanc aboie. On entre. On parle avec Fons et Herman. Ils rigolent. « Non, on n’a pas de fusil. Mais Fons s’est fait attaquer par des voyous, il y a quatre ans. Ils ne lui ont pas coupé la langue et les oreilles, mais dans le cou, la marque est encore là. S’il ne s’était pas caché sous une carcasse de voiture, il serait mort… pour une vieille télé. Parce qu’il n’y avait pas d’argent. »

 

Le terrain se trouve juste à côté de l’agoraspace où je joue au basket avec mes autres copains, je vais y aller tantôt.

 

Le scooter de la police arrête un bus 63. Le type n’est pas dedans. Cinq motards de la police passent. C’est pas tous les jours comme ça hein, Madame !   

14:47 Écrit par Les evoy dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bandes, quartiers, journalisme |  Facebook |

Commentaires

intéressant et long texte

Écrit par : lokman | 24/11/2008

Merci pour ce texte poignant et très imagé! On s'imagine vraiment en plein milieu de ce quartier.

Écrit par : Spécialiste du pneu | 18/04/2014

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